Le luxe d'une seule couche
Pourquoi je porte mes bas de nylon sans petite culotte — et ce que la science en dit vraiment
Il y a des matins où l’on comprend qu’une habitude n’était qu’une convention. Le mien est arrivé un lundi en octobre 2022, devant le miroir de ma chambre, une paire de collants noirs enroulée au creux de la main, une petite culotte de coton posée sur le lit. J’ai regardé l’une, puis l’autre. Et pour la première fois depuis des années, je me suis posé la question que personne ne pose : pourquoi deux couches, quand une seule suffit ?
Je n’avais rien d’une révolutionnaire ce matin-là. J’avais simplement trop souvent senti l’élastique d’une culotte se rouler sous la ceinture de mes collants, une couture marquer la hanche, un tissu se plisser exactement là où le nylon cherchait à glisser. Ce genre de détails que l’on endure sans y penser, parce qu’on nous a appris que c’était ainsi que ça se faisait.
J’ai posé la culotte sur le fauteuil. J’ai enfilé mes collants, lentement, le nylon montant le long de la jambe comme une eau tiède. Et j’ai senti quelque chose que je n’attendais pas : de la légèreté. Une continuité. Le sentiment que le vêtement et moi nous nous étions enfin mis d’accord.
Depuis, je n’ai plus jamais fait marche arrière. Et comme je suis de celles qui aiment comprendre ce qu’elles aiment, j’ai voulu savoir : est-ce seulement une affaire de confort et d’élégance, ou la science a-t-elle quelque chose à dire sur le sujet ? J’ai lu. J’ai comparé. Et ce que j’ai trouvé est plus nuancé, et beaucoup plus intéressant, que les jolies infographies qui circulent sur les réseaux sociaux.
LE GESTE DE TROP
Commençons par le plus simple : le confort. Parce que c’est là que tout a commencé pour moi, et parce que c’est ce que les femmes qui essaient finissent presque toujours par raconter en premier.
Une culotte sous des collants, c’est un vêtement à l’intérieur d’un autre vêtement. Deux élastiques à la taille, deux séries de coutures, deux tissus qui ne se déplacent pas exactement au même rythme. Quand je marche, quand je m’assois, quand je me lève d’une chaise de salle de réunion, ces deux couches se disputent le moindre millimètre de peau. Le résultat est une succession de micro-ajustements que le corps finit par intégrer comme du bruit de fond : un pli que l’on replace discrètement, une bande qui remonte, une couture que l’on sent.
Sans la culotte, le bruit s’arrête. Il ne reste que le collant, qui a été pensé, dessiné et tricoté pour épouser le corps d’un seul tenant, de la taille jusqu’à la pointe du pied. Il bouge avec moi. Il ne se plisse pas, ne roule pas, ne s’empile pas. Il fait ce que l’on attend d’une seconde peau : il disparaît.
Le vrai luxe, en matière de vêtement, c’est ce que l’on oublie de sentir.
C’est d’ailleurs ce qui revient dans les témoignages que j’ai lus, des plus sérieux aux plus anecdotiques : moins de couches, moins de frottements, moins de ces petits désagréments qui s’additionnent au fil d’une journée de travail. Une journée entière, de huit heures à dix-sept heures, c’est long, pour une peau qui doit composer avec de l’élastique.
Je ne prétends pas que ce soit universel. Certaines femmes se sentent plus rassurées avec une couche supplémentaire, et c’est parfaitement légitime. Mais pour moi, et pour beaucoup de celles à qui j’en ai parlé discrètement, la différence est immédiate. Presque physique. Comme enlever des chaussures un peu trop serrées que l’on avait fini par croire normales.
UNE PIÈCE CONÇUE POUR ÊTRE SEULE
Ce qui m’amuse, c’est que le collant n’a jamais demandé qu’on lui ajoute quoi que ce soit. Si l’on regarde sa construction, tout est déjà là. La partie haute, celle qui enveloppe le bassin, s’appelle d’ailleurs, dans le vocabulaire même de l’industrie du bas, la « culotte » du collant. Elle est renforcée, tricotée plus dense, pensée pour contenir et pour tenir. Et à l’entrejambe, la plupart des bons modèles intègrent un gousset, cette petite pièce de tissu ajoutée précisément pour la zone la plus sensible.
Le collant moderne est né, au tournant des années soixante, d’un besoin de simplification. La minijupe venait de raccourcir les ourlets, et le porte-jarretelles, avec ses attaches, ses sangles et ses bas séparés, devenait aussi encombrant que peu pratique sous un vêtement si court. On a donc inventé une pièce unique, qui remplaçait tout cela d’un seul geste. Une idée d’une grande modernité : moins de pièces, plus de liberté.
Ajouter une culotte en dessous, c’est un peu reconstruire l’ancien système que le collant était censé abolir. C’est superposer une couche à une pièce qui avait déjà été conçue pour s’en passer.
LA LIGNE PARFAITE
Il y a ensuite une question d’esthétique, et ne comptez pas sur moi pour la minimiser : je tiens la ligne pour l’un des plaisirs les plus raffinés de la mode.
Une jupe fourreau en laine fine, une robe en jersey qui épouse sans serrer, un pantalon de soie légère : tous ces vêtements ont un point commun. Ils vivent de la continuité. Ils demandent un tracé net, sans interruption, de la taille jusqu’au sol. Or, une culotte, même la plus discrète, dessine quelque chose. Une bordure. Un relief. Une ligne horizontale là où l’œil souhaiterait de la fluidité.
Les collants portés à même la peau, eux, uniformisent. Ils lissent la teinte, estompent les irrégularités, redessinent la jambe d’un trait ininterrompu. C’est cet effet de voile que les stylistes recherchent depuis toujours : une peau qui semble retouchée sans l’être, un galbe qui paraît naturel tout en étant sublimé. Dans les ateliers de mode, on dit qu’une silhouette réussie est celle où l’on ne remarque pas la technique. Les collants sans culotte appliquent cette règle au pied de la lettre.
Et il y a la dimension plus secrète de l’affaire, celle qui se joue entre soi et soi. Savoir que sous la laine, il n’y a que le nylon et la peau. Savoir que le vêtement est parfait de l’intérieur comme de l’extérieur. Cette cohérence silencieuse, que personne ne voit mais qui change la manière de marcher, de se tenir, d’entrer dans une pièce. Une élégance qui ne cherche pas à être regardée, et qui l’est d’autant plus.
CE QUE DISENT LES IMAGES, CE QUE J'AI VOULU VÉRIFIER
Ces dernières semaines, j’ai croisé plusieurs articles sur le sujet, partagées par des comptes de mode consacrés aux collants. Elles sont belles, bien dessinées, et elles avancent toutes à peu près les mêmes arguments : une meilleure respirabilité, moins d’humidité retenue, un risque d’infection réduit, une peau plus douce, un pH mieux préservé, une fraîcheur durable, une coupe plus nette, un entretien plus simple. Une jambe croisée sur un fauteuil, une icône rose par argument, et la conclusion : moins de couches, plus de bienfaits.
J’adore cet enthousiasme. Je le partage, même. Mais je suis aussi de celles qui aiment vérifier avant de recommander, surtout quand l’argument touche à la santé. Alors j’ai fait ce que l’on fait quand on prend un sujet au sérieux : je suis allée voir les sources. Gynécologie, dermatologie vulvaire, études cliniques, recommandations d’organismes de santé publique. Je ne suis pas médecin, il faut que ce soit clair, et rien de ce qui suit ne remplace l’avis de la vôtre. Mais je sais lire une étude.
Le verdict, en deux mots : certaines choses se confirment très bien. D’autres, pas du tout. Et c’est précisément en démêlant les deux que l’on arrive à une vraie réponse, plus fine et plus utile que le slogan.
CE QUE LA RECHERCHE CONFIRME
Chaque couche près de la peau modifie le climat local. C’est le principe le mieux documenté, et il vient d’une équipe de dermatologues suédois. En 2003, Bo Runeman et ses collègues ont publié, dans Acta Dermato-Venereologica, une étude mesurant le microclimat de la peau vulvaire chez douze femmes en santé. En portant une protection classique à dos non respirant, la température cutanée atteignait en moyenne 35,9 °C, contre 34,4 °C sans protection. L’humidité de la peau était nettement plus élevée, et le pH passait de 5,2 à 5,8. Une version respirante, elle, laissait le microclimat presque intact.
Précisons-le honnêtement : cette étude portait sur des protège-dessous, pas sur des collants. Elle ne prouve donc pas que retirer la culotte change quoi que ce soit. Mais elle illustre un principe solide : plus on empile de matières non respirantes contre cette zone, plus la chaleur et l’humidité s’installent. L’intuition derrière les infographies n’est pas absurde, elle est simplement plus modeste que ce qu’elles proclament.
La peau de cette zone est fragile, et la friction compte. Les revues de dermatologie consacrées à la dermatite de contact vulvaire énumèrent systématiquement parmi les facteurs d’irritation la sueur, les vêtements serrés, les élastiques, le frottement. Dans ses conseils de soins pour les femmes souffrant de problèmes de peau vulvaire, un service de santé britannique va jusqu’à recommander de se passer de sous-vêtements aussi souvent que possible, à la maison pendant la journée sous une simple jupe, et la nuit. Le même document déconseille les vêtements serrés et les matières synthétiques, qui provoquent frottements et surchauffe.
Là encore, nuance nécessaire : ces conseils s’adressent à des femmes qui ont déjà une peau irritée ou une affection diagnostiquée. Mais ils racontent quelque chose de précieux. Quand les médecins cherchent à soulager une peau sensible, l’une des premières choses qu’ils retirent de l’équation, c’est la couche de trop.
Les sous-vêtements ne sont ni le grand méchant ni la solution miracle. L’économiste Emily Oster, qui a passé en revue la littérature sur la question pour sa plateforme ParentData, conclut que dormir avec ou sans sous-vêtements n’est pas associé aux problèmes vaginaux dans les données, et que les modèles serrés ou les strings ne semblent pas jouer sur la flore. Une étude croisée de Runeman et collègues, menée en 2004 auprès de trente-deux femmes, arrive à la même conclusion : la différence entre un string et une culotte classique est négligeable sur le microclimat, le pH et la flore de la peau. Des gynécologues interrogés par la presse grand public disent la même chose pour les leggings : se passer de sous-vêtements est parfaitement sûr, et il n’y a pas de véritable inconvénient dans un sens comme dans l’autre.
Voilà ce que je retiens : sur le plan de la santé, porter ses collants sans culotte n’est pas dangereux pour une femme en bonne santé. C’est un choix personnel, que l’on peut faire en toute sécurité. Ce qui est déjà beaucoup, quand on pense à tous les murmures qui accompagnent ce genre de question.
CE QUE LA RECHERCHE NE CONFIRME PAS
C’est ici que je dois me montrer plus exigeante que les articles lus, parce que c’est ici qu’elles vont trop loin.
Aucune étude ne compare, à ma connaissance, des femmes portant des collants avec culotte et des femmes portant des collants sans culotte, pour mesurer leurs taux d’infection. Rien, nulle part. Quand une image affirme que cette pratique « réduit le risque d’infection », « préserve le pH » ou « crée un environnement plus sain », elle présente comme un fait ce qui est, au mieux, une hypothèse plausible. Et quand elle affirme que le nylon est « conçu pour être respirant », elle contredit un consensus assez large chez les médecins : le coton respire mieux que le nylon.
Le dossier mérite même d’être regardé en face. En 1984, une équipe de Seattle a étudié deux cent trois femmes consultant dans une clinique de médecine familiale, et publié ses résultats dans le Journal of Family Practice. Les porteuses de collants ne présentaient pas plus de symptômes de vaginite que les autres, mais la vaginite à levures était environ trois fois plus fréquente chez elles. Étude observationnelle, ancienne, de petite taille : elle montre une association, pas une cause. Mais elle existe, et elle est souvent citée.
D’autres travaux vont dans le même sens, avec le même type de prudence. Une étude brésilienne de 2007 sur quatre-vingt-dix-neuf patientes a trouvé une association entre les vêtements serrés ou synthétiques et la présence de Candida dans le vagin. Une autre, en 2013, menée auprès de trois cent sept femmes, a relevé que celles qui souffraient de vulvovaginite portaient plus souvent des culottes en matière synthétique. Du côté des organismes de santé, l’Institut national américain de la santé de l’enfant (NICHD) conseille aux femmes sujettes aux infections à levures d’éviter les vêtements qui retiennent la chaleur et l’humidité, et cite nommément les collants sans doublure de coton, les culottes en nylon et les jeans serrés. Un service de santé universitaire recommande carrément d’éviter les collants dans ce contexte, et la Cleveland Clinic recommande le coton plutôt que le nylon, qui peut retenir chaleur et humidité.
Ce n’est pas l’absence de culotte qui protège.
C’est ce qui se trouve contre la peau.
Que conclure ? Que le vrai sujet n’est pas « culotte ou pas culotte », mais « quelle matière, et combien de couches ». Une culotte en nylon sous un collant en nylon, c’est la combinaison que toutes ces recherches regardent avec le plus de méfiance : deux couches synthétiques, serrées, qui n’absorbent rien. En retirant la culotte, on supprime l’une de ces deux couches. Ça, c’est de la logique, et je la trouve convaincante. Mais ce n’est pas un résultat d’étude, et je préfère vous le dire plutôt que de vous le vendre.
LA VRAIE RÉPONSE TIENT DANS UN GOUSSET
Voici la découverte qui, pour moi, remet tout en place. Les médecins recommandent le coton contre la peau. Les collants bien conçus intègrent, à l’entrejambe, une pièce de coton. Le raisonnement tombe alors tout seul : un collant à gousset de coton, porté sans culotte, met du coton exactement où les médecins le souhaitent, sans l’empilement d’une seconde couche.
Autrement dit, la culotte est déjà là. Elle est simplement intégrée au vêtement, et elle est faite de la bonne matière. Attention, c’est mon raisonnement, pas la conclusion d’une étude, et je le dis comme tel. Mais il s’appuie sur deux faits solides : la préférence médicale pour le coton, et l’existence de ce gousset dans la plupart des collants de qualité.
D’où mon premier réflexe en boutique, que je transmets à toutes celles qui me demandent conseil : retourner le collant, ou lire l’étiquette, et chercher la mention « gousset en coton » ou « entrejambe en coton ». Si elle n’y est pas, je passe mon chemin, ou je garde ce modèle pour des journées courtes, au frais. Un collant dont l’entrejambe est en nylon pur, porté sans rien dessous, sur une peau déjà sujette aux irritations, n’est pas la meilleure idée du monde.
MES RÈGLES DE LA MAISON
Comme toute pratique, celle-ci demande un peu de savoir-faire. Voici ce que j’ai appris, et ce que je recommande à celles qui voudraient essayer.
- Choisir un gousset en coton. C’est la règle numéro un, celle dont découle presque tout le reste. Sur l’étiquette, cherchez la composition de l’entrejambe.
- Bien choisir sa taille. Un collant trop petit tire, comprime, frotte. Or c’est la friction qui irrite. Mieux vaut une taille de plus, qui ne roule pas, qu’une taille de moins qui sculpte trop bien et finit par blesser.
- Laver après chaque port. C’est ici que l’argument de l’« hygiène » devient vrai, à une condition. Sans culotte, c’est le collant qui absorbe, et il doit donc passer à la lessive après chaque usage, à la main ou dans un filet, avec un produit doux, sans parfum et sans assouplissant, et un bon rinçage. Les dermatologues le répètent : les résidus de détergent et d’assouplissant irritent la peau fragile.
- Avoir un deuxième collant à portée de main. Je garde une paire de rechange dans le tiroir de mon bureau. Si je sens de l’humidité, après une longue réunion ou une marche rapide, je change. Rester dans un vêtement humide est le seul vrai ennemi, culotte ou pas.
- Donner des pauses à la peau. Le soir, à la maison, je retire mes collants, et la nuit, ma peau n’a droit qu’au drap. C’est le conseil le plus constant dans toutes les sources que j’ai lues, et le plus agréable à suivre.
- Adapter le denier à la saison. Un voile très fin de 10 à 15 deniers par temps doux, un modèle plus opaque quand le thermomètre plonge. Les hivers québécois sont une excuse parfaite pour le second, qui garde la chaleur sans exiger de couche supplémentaire. En revanche, par grande chaleur ou lors d’une activité très transpirante, je passe mon tour.
- Pendant les règles, revenir aux protections habituelles. Une étude brésilienne note d’ailleurs que les menstruations sont associées à plus de vulvovaginites. C’est du simple bon sens : je ne fais pas d’exception ces jours-là.
- Écouter son corps, et consulter au besoin. Si les démangeaisons, les brûlures ou les pertes inhabituelles reviennent, ne vous fiez ni à moi ni à une infographie : prenez rendez-vous. Les infections à levures touchent jusqu’à trois femmes sur quatre au cours de leur vie, et de cinq à huit pour cent d’entre elles les subissent à répétition. Dans ce cas précis, les médecins recommandent souvent des vêtements amples, du coton, et d’éviter les collants. Mon plaisir n’a aucune valeur face à votre santé.
LE RITUEL DU MATIN
Je l’ai écrit souvent ici : pour moi, les collants ne sont pas un simple vêtement, ils sont un rituel. Et ce rituel prend une saveur particulière quand il se fait sans intermédiaire.
Il y a d’abord le geste : rassembler le nylon en accordéon dans les mains, glisser le pied, remonter lentement sur la cheville, le mollet, le genou, la cuisse. Le tissu s’ajuste par petites touches, comme une phrase qui trouve son rythme. Puis le moment où l’on se redresse et où l’on ajuste la taille, d’un seul mouvement, sans avoir à démêler deux élastiques. Une fluidité que je ne soupçonnais pas avant d’avoir essayé.
Il y a ensuite la sensation, que je ne saurais décrire autrement que par la douceur. Le nylon fin, tiède de mes mains, qui épouse la peau sans résistance. Aucune couture superflue, aucune bordure, aucun relief. Juste cette continuité satinée qui part de la taille et file jusqu’au bout des orteils. Je me suis surprise, à plusieurs reprises, à sourire en m’habillant. Un sourire minuscule, pour moi seule.
C’est peut-être cela, la véritable sensualité du quotidien : non pas une grande mise en scène, mais une attention. Celle que l’on accorde à son propre corps pendant les cinq minutes où l’on se prépare, avant que la journée ne nous réclame.
ET L'HIVER QUÉBÉCOIS ?
On me pose souvent la question, surtout à partir de novembre. Comment fait-on, à Montréal ou à Québec, quand le thermomètre plonge à moins vingt et que le vent s’engouffre sous les manteaux ?
La réponse est presque contre-intuitive : c’est là que les collants sans culotte révèlent un autre de leurs charmes. Un bon collant opaque de quarante ou soixante deniers, sous une jupe de laine ou une robe-pull, réchauffe sans épaisseur. Il enveloppe le bassin, les cuisses et les jambes d’une seule membrane continue, sans cette strate d’élastique qui se superpose et qui, en hiver, ajoute du volume sous les vêtements ajustés. On reste au chaud, et la silhouette demeure nette.
L’hiver a aussi un avantage pratique : nous passons de longues heures dans des bureaux chauffés, des autobus, des métros, puis dehors, puis dedans de nouveau. Les écarts de température sont constants, et l’on transpire parfois sans s’en rendre compte sous les manteaux. D’où l’importance, déjà évoquée, du collant de rechange et du changement de tenue dès que l’on se sent humide. Je garde même, dans mon sac de cuir, une pochette en tissu avec une paire de réserve. Le genre de précaution discrète qui change tout.
Et puis il y a ce plaisir très québécois : franchir la porte de chez soi après une longue journée d’hiver, retirer ses bottes, ses collants, et laisser la peau respirer enfin. Une pause méritée, que toutes les sources médicales que j’ai lues recommandent d’ailleurs sans réserve.
LES QUESTIONS QUE L'ON ME POSE
Depuis que j’en parle autour de moi, quelques interrogations reviennent avec une régularité de métronome. Je réponds ici à celles que j’entends le plus souvent.
« Mais n’est-ce pas moins hygiénique ? » Pas nécessairement, à condition de laver ses collants après chaque port, comme on le ferait d’une culotte. C’est ce geste, et non la présence d’une couche supplémentaire, qui fait la différence. Les médecins rappellent aussi que c’est l’humidité prolongée qui pose problème : on change donc de paire si l’on se sent moite.
« Et si je transpire beaucoup ? » Dans ce cas, mon conseil est de ne pas forcer. Certaines femmes transpirent davantage, et plusieurs spécialistes disent que celles-ci se sentent mieux avec une couche absorbante en coton. C’est tout à fait légitime. Il n’existe pas de règle universelle, seulement ce qui vous convient.
« Et pour le sport ? » Je ne porte pas de collants de ville pour m’entraîner. Pour l’effort physique, je choisis des vêtements techniques, conçus pour évacuer l’humidité. Les collants de mode, eux, sont faits pour les journées de bureau, les soirées, les dîners.
« Et si le vent se lève ? » Ah, le vent. Je choisis simplement mes longueurs en conséquence. Une jupe fourreau ou une robe droite pardonnent beaucoup plus que les modèles évasés, et un manteau long règle le reste. L’élégance est aussi une question d’anticipation.
« Est-ce que quelqu’un le remarque ? » Non. Et c’est précisément pourquoi c’est si agréable. Ce plaisir-là n’a aucun public. Il se suffit à lui-même.
LE SECRET QUE L'ON PORTE
Reste la dimension que les études ne mesurent pas, et qui compte pourtant pour moi plus que toutes les autres : ce que cela fait de se sentir ainsi vêtue.
En psychologie, on parle de « cognition vestimentaire », un concept proposé en 2012 par Hajo Adam et Adam Galinsky à la suite d’expériences sur la blouse blanche : ce que l’on porte, et le sens que l’on y attache, influencerait la manière dont on pense et dont on agit. Je dois être honnête là aussi : l’ampleur de cet effet fait encore l’objet de débats, et plusieurs réplications ont été plus nuancées. Je ne vous dirai donc pas que des collants sans culotte augmentent la productivité. Je vous dirai ce que j’observe sur moi.
Je me tiens autrement. J’ai l’impression de porter une pensée discrète : celle d’avoir choisi chaque détail de ma tenue, jusqu’à celui que personne ne verra jamais. C’est une confiance qui ne dépend ni du regard des autres ni de leur approbation. Elle se loge dans la peau, sous la laine, dans la façon de franchir la porte d’un bureau du gouvernement un lundi matin avec la certitude tranquille d’être exactement soi.
Karine, qui s’y connaît mieux que quiconque en matière d’élégance, m’a dit un jour que les plus belles allures sont celles qui reposent sur un secret. Pas un mensonge, pas une mise en scène : un secret, c’est-à-dire quelque chose que l’on garde pour soi parce que cela suffit à nous nourrir. Je crois qu’elle avait raison. Et je crois que le nylon, porté seul, à même la peau, en est l’un des plus beaux.
Car c’est cela, au fond, que suggèrent les jambes gainées de voile : non pas ce qu’elles montrent, mais ce qu’elles taisent. Une élégance qui trouble sans jamais brusquer, et qui n’a besoin de personne pour exister.
UNE SEULE COUCHE
Alors, faut-il porter ses bas de nylon sans petite culotte ? Voici mon honnête réponse, celle qui tient à la fois de ma conviction et de ce que j’ai lu.
Oui, c’est plus confortable, du moins pour moi et pour bien des femmes qui l’ont essayé. Oui, la ligne est plus pure, la silhouette plus fluide, la sensation plus légère. Oui, c’est sans danger pour une femme en bonne santé, et plusieurs sources médicales vont même dans le sens d’une peau mieux traitée quand on supprime une couche. Mais non, il n’existe pas d’étude qui prouve que cette habitude protège des infections, et non, le nylon n’est pas plus respirant que le coton. La nuance se trouve dans un détail minuscule, un gousset de coton, et dans quelques gestes d’entretien.
Je préfère cette réponse imparfaite à une réponse parfaite et fausse. Parce que l’élégance, la vraie, ne s’accommode pas des demi-vérités. Elle aime les choses bien faites, bien choisies, bien soignées. Y compris celles que l’on ne voit pas.
Alors demain matin, au moment d’enfiler vos collants, prenez une seconde. Regardez la petite culotte sur le lit. Et demandez-vous, comme je l’ai fait un matin d’octobre, si vous avez vraiment besoin de deux couches.
LA TENUE
- Robe en laine fine noire, coupe droite, à la hauteur du genou
- Collants noirs voilés de 15 deniers, gousset en coton, taille bien ajustée
- Escarpins en cuir, talon de 6 cm
- Manteau long camel, ceinture nouée
- Collants de rechange dans le tiroir du bureau
POUR ALLER PLUS LOIN
Cet article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de la santé.
- Heidrich F.E., Berg A.O., Bergman J.J., « Clothing Factors and Vaginitis », Journal of Family Practice, 1984; 19(4).
- Runeman B., Rybo G., Larkö O., Faergemann J., « The Vulva Skin Microclimate: Influence of Panty Liners on Temperature, Humidity and pH », Acta Dermato-Venereologica, 2003; 83(2).
- Runeman B., et al., « The vulvar skin microenvironment: impact of tight-fitting underwear on microclimate, pH and microflora », Acta Dermato-Venereologica, 2004.
- de Holanda A.A.R., et al., « Candidíase vulvovaginal : sintomatologia, fatores de risco e colonização anal concomitante », Revista Brasileira de Ginecologia e Obstetrícia, 2007; 29(1): 3-9.
- Bardin M.G., et al., « Association of sanitary pads and clothing with vulvovaginitis », DST – Jornal Brasileiro de Doenças Sexualmente Transmissíveis, 2013; 25(3): 123-127.
- Giraldo P.C., et al., essai randomisé sur les protège-dessous respirants et la flore vaginale (étude citée à titre de contexte).
- NICHD (Eunice Kennedy Shriver National Institute of Child Health and Human Development), « Can vaginitis be prevented? ».
- Dorset Healthcare NHS, fiche d’information « Vulval skin care ».
- Revue de dermatologie sur la dermatite de contact vulvaire, University of Iowa, Vulvar contact dermatitis.
- Oster E., « Does Sleeping Without Underwear Prevent Yeast Infections? », ParentData.
- Cleveland Clinic, recommandations sur le choix du coton plutôt que du nylon, rapportées par The Healthy.
- Adam H., Galinsky A.D., « Enclothed cognition », Journal of Experimental Social Psychology, 2012.
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