Crème et nylon
Il y a des vendredi qui se méritent. Celui-ci a commencé gris, avec une pluie fine contre la fenêtre de la cuisine et une liste de dossiers qui m’attendait au bureau. J’ai décidé que la journée ne se déroulerait pas sans mon accord. J’ai ouvert le tiroir, choisi la paire ivoire que je gardais pour une occasion encore sans nom, et j’ai fait ce que je fais chaque matin : j’ai glissé mes jambes dans le nylon.
Ce geste, je ne m’en lasse pas. Le tissu est d’abord frais sur la peau, puis il se réchauffe en remontant le long de la cuisse, et la jambe prend cette teinte satinée que je ne trouve nulle part ailleurs. Je ne porte rien dessous. Le nylon seul, ajusté et souple, me donne une liberté de mouvement que je n’échangerais pour rien.
Devant le miroir, j’ai su que la tenue serait réussie avant même d’avoir mis les chaussures. Il y a des jours comme ça.
LE CHOIX DU JOUR
J’ai un faible pour les vêtements qui hésitent entre deux identités. Ce blazer croisé en est un : assez long pour passer pour une robe, assez structuré pour garder l’autorité d’une veste. Il est crème, d’un blanc cassé qui adoucit le teint, avec deux rangées de boutons sombres qui dessinent une verticale nette et une ceinture à boucle dorée qui marque la taille sans la serrer. Le décolleté en V plonge juste ce qu’il faut. Le tissu fait le reste : il tombe, il suit, il ne colle jamais.
Dessous, mes collants ivoire, un 15 deniers à peine plus clair que ma peau. C’est le détail que je répète à toutes mes amies, et que Karine me cite maintenant en riant : un nylon un ton plus clair que la peau attrape la lumière et la renvoie. La jambe paraît plus longue, plus lisse, légèrement irréelle. Un noir opaque aurait été sage. L’ivoire est un choix.
Aux pieds, des escarpins noirs à bout pointu, talon de neuf centimètres. Le contraste est voulu : toute cette douceur crème, puis ce trait d’encre qui ancre la silhouette. Pour les bijoux, de petits anneaux dorés, une chaîne fine et un bracelet. Mes cheveux, je les ai laissés onduler. La pluie leur avait donné du volume et, pour une fois, je n’ai pas lutté contre.
DANS LES COULOIRS
Je travaille dans une boîte de comm, un milieu où la sobriété est une religion et où un blazer crème passe pour une audace. J’ai quand même traversé le hall à 8 h 40 avec la démarche que donne un talon de neuf centimètres : plus lente, plus droite, avec ce léger roulement des hanches que je ne commande pas.
Dans l’ascenseur, un collègue du troisième étage m’a laissée entrer la première. Son regard a fait le trajet que font tous les regards : le visage, puis la jambe, puis le visage encore, avec une petite hésitation au milieu où l’on cherche une excuse. Il m’a demandé si j’avais passé un bon week-end. J’ai répondu que oui. Il a ajouté que j’avais l’air reposée. Il voulait dire autre chose, et nous le savions tous les deux.
À la réunion de dix heures, un directeur a perdu le fil de sa phrase au moment où j’ai croisé les jambes. Le nylon fait un bruit minuscule, un chuchotement de soie qui glisse sur la soie, et dans une salle silencieuse on l’entend. Il a repris, toussoté, demandé à son voisin de répéter la question. Je n’ai pas relevé. J’ai noté mon point à l’ordre du jour et j’ai souri à mon cahier.
Au dîner, à la cafétéria, c’est Nathalie qui a regardé en premier, et elle a posé des questions plus précises que n’importe quel homme : quelle teinte, quel denier, quelle marque. Les femmes remarquent la technique. Les hommes remarquent l’effet. Entre les deux, on a une assez bonne idée de ce que le nylon produit.
L'HEURE DORÉE
À dix-sept heures, Karine m’a écrit : « Terrasse, 17 h 30, la lumière sera parfaite. » Elle connaît la lumière comme d’autres connaissent les dates d’anniversaire. Je suis passée refaire mon rouge à lèvres, un rose de peau, et j’ai vérifié que la boucle de ma ceinture tombait bien droite.
La terrasse occupe le dernier étage d’un immeuble d’où l’on voit la ville s’étendre jusqu’à l’horizon. Il y avait des bacs de buissons taillés, de grands canapés gris, une table de marbre noir où brûlait une bougie sous son verre, et des hortensias blancs qui retenaient les derniers rayons. Le soleil descendait et dorait tout ce qu’il touchait : le granit, les vitres des tours, ma peau.
Karine m’a installée sur le rebord de pierre, une main posée à plat, l’autre le long de la hanche. « Croise les jambes. Plus haut. Voilà. » Le soleil bas arrivait de côté et le nylon a fait ce qu’il fait de mieux : il a cessé d’être un tissu pour devenir de la lumière. La cuisse, le genou, la cheville, une seule ligne continue, comme tracée au pinceau. Karine a pris vingt photos sans rien dire, ce qui chez elle est un compliment.
Un nylon un ton plus clair que la peau attrape la lumière et la renvoie.
Ensuite je me suis assise sur le canapé, le coude contre le dossier, la main dans mes cheveux, les jambes croisées vers le soleil. Je n’ai pensé à rien. C’est rare, et c’est pour ces moments-là que je m’habille.
CE QUE LES REGARDS RACONTENT
Je les observe depuis des années, avec un mélange de curiosité et d’amusement : les hommes regardent de plusieurs façons, et la façon en dit long.
Il y a le regard rapide, qui accroche la jambe et file, gêné de s’être fait prendre. Il y a celui qui s’attarde et ne sait plus où se poser. Et il y a le troisième, le plus rare, que je préfère : celui qui prend le temps de voir l’ensemble. Il remarque la coupe du blazer, l’accord entre le crème et l’ivoire, la ligne que dessine la cheville dans le soulier. Cet homme-là prend son temps. Sa voix baisse un peu, il se tient mieux, il pose sa question avec plus de soin.
Ce soir, sur la terrasse, un homme en veston gris, un verre à la main, a regardé de mon côté pendant que Karine photographiait. Quand j’ai tourné la tête, il n’a pas détourné les yeux tout de suite. Il a incliné légèrement son verre, un salut très discret, puis il a repris sa conversation. J’ai trouvé le geste élégant. Il n’a rien tenté de plus, et cela m’a plu.
Ce que cela produit en moi, je le sens physiquement. Je me tiens plus droite, je parle plus lentement, je prends la place que j’occupe sans la demander. Les collants y sont pour beaucoup. Ils me rappellent à chaque pas que mes jambes existent et qu’elles sont gainées de douceur.
Je m’habille pour la sensation : le tissu qui épouse ma jambe, mon pas qui ralentit. L’attention des hommes vient en prime, agréable, et je l’accueille sans rien en faire. Elle me confirme que le charme se remarque, qu’il circule et qu’il crée une petite électricité dans une pièce. Les hommes de qualité aiment la nuance. Le nylon en est une.
MES RECOMMANDATIONS
Quelques conseils, puisqu’on me les demande souvent.
Choisissez la teinte avec soin. Un ivoire ou un nude rosé, un ton plus clair que votre peau, donne cet éclat satiné. Le blanc pur se voit trop et durcit la jambe. Préférez un 10 ou un 15 deniers, assez fin pour la transparence et assez solide pour la journée.
Prenez la taille au-dessus si vous hésitez. Un collant trop petit tire, dessine des plis aux genoux et vieillit vite. Enfilez-le assise, en le roulant sur lui-même comme une bague, ongles courts et limés, bagues retirées. C’est le seul moment du rituel où il faut se dépêcher de ralentir.
Mettez les chaussures en dernier. Un talon pointu de neuf centimètres allonge encore la ligne, et le noir contre l’ivoire donne du contraste sans alourdir la silhouette.
Quand les jambes sont le sujet, laissez le reste sobre : un blazer-robe crème, un bijou doré, un maquillage léger. Une seule vedette par tenue. Et croisez les jambes quand l’envie vous en prend, car le geste a plus de grâce quand on ne le calcule pas.
❦
Le soleil a fini par disparaître derrière les tours. Les vitres se sont allumées une à une, et Karine a rangé son appareil en annonçant que la série était réussie. Nous avons bu un verre sur le canapé. J’ai retiré mes escarpins pour poser mes pieds sur le granit encore tiède, et le nylon a gardé sa tenue jusqu’au bout.
En rentrant, j’ai repensé à la femme du matin, devant son miroir, avec sa liste de dossiers et sa pluie fine. Je l’ai trouvée un peu sérieuse. Je lui ai dit en pensée que la journée serait bonne. Elle l’a été.
#collants #basdenylon #nylon #stockings #pantyhose #elegance #Talence #LookDuJour #Cristina #StyleLifestyle #CollantsBlancs #CollantsNoirs #ÉléganceNaturelle #ModeFéminine #AmbianceTalence