Confidences au bistro

Le petit bistro sur la rue Laurier était l’un de mes endroits préférés pour dîner.

Un lieu simple mais chaleureux, avec ses tables de bois clair et ses grandes fenêtres qui laissaient entrer la lumière du midi. L’odeur du café fraîchement moulu se mêlait à celle du pain grillé et des herbes fraîches. À cette heure-là, l’endroit bourdonnait doucement de conversations et de rires discrets.

Karine était déjà installée à notre table habituelle près de la fenêtre lorsque j’arrivai.

Elle leva les yeux de son téléphone et m’observa quelques secondes avant de sourire.

Un sourire qui voulait clairement dire qu’elle avait déjà remarqué quelque chose.

— Eh bien… quelqu’un a l’air de très bonne humeur aujourd’hui.

Je retirai mon manteau et m’assis en face d’elle.

— Peut-être.

Karine plissa légèrement les yeux.

— Non, non… attends. Il y a quelque chose de différent.

Elle me scruta comme si elle analysait un détail invisible.

— C’est ton regard.

Je levai un sourcil.

— Mon regard ?

— Oui.

Elle se pencha légèrement vers moi.

— C’est le regard d’une femme qui a passé une excellente semaine.

Je ris malgré moi.

— Tu exagères.

Karine secoua la tête.

— Cristina… je te connais depuis combien d’années déjà ?

— Trop.

— Exactement. Alors ne fais pas l’innocente avec moi.

La serveuse vint prendre notre commande : deux salades et un verre de vin blanc chacune. Une fois qu’elle fut repartie, Karine croisa les bras sur la table.

— Bon. Maintenant parle.

Je pris une inspiration.

— D’accord… mais tu dois promettre de ne pas te moquer.

Son sourire s’élargit immédiatement.

— Oh là… ça devient intéressant.

Je lui racontai tout.

La soirée avec Laurent.

La réservation oubliée.

La discussion dans le salon.

Le film Fifty Shades of Grey.

Et surtout la nouvelle dynamique que Laurent m’avait proposée.

Karine m’écoutait attentivement, les coudes sur la table, le menton posé dans sa main.

Mais lorsque j’arrivai à la partie où Laurent m’avait parlé de leur entente et du jeu qu’il proposait entre nous, ses sourcils se levèrent.

— Attends…

Elle me regarda avec amusement.

— Est-ce que tu es en train de me dire que Laurent t’a initiée au BDSM ?

Je sentis mes joues rougir légèrement.

— Initiée est peut-être un grand mot.

Karine éclata de rire.

— Cristina… tu es incroyable.

— Pourquoi ?

— Parce que je ne pensais pas que tu en étais rendue là dans ta nouvelle vie.

— Quelle nouvelle vie ?

Elle sourit.

— Ta vie de femme accomplie. Élégante. Confiante. Qui ose explorer ce qui lui plaît.

Je haussai les épaules.

— Peut-être que je découvre simplement certaines choses.

Karine prit une gorgée de vin.

— Et laisse-moi deviner… tu trouves ça excitant.

Je pris quelques secondes avant de répondre.

— Oui.

Elle hocha la tête comme si elle s’y attendait.

Puis, après un moment de silence, une pensée me traversa l’esprit.

Je posai ma fourchette et la regardai.

— Et toi ?

— Moi quoi ?

— Philippe.

Karine fronça légèrement les sourcils.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

Je haussai les épaules avec un sourire amusé.

— Je ne sais pas… depuis que je découvre certaines choses avec Laurent… je me demande ce que tu fais avec Philippe.

Karine me regarda avec un mélange de surprise et d’amusement.

— Cristina… qu’est-ce que tu sous-entends exactement ?

Je pris une gorgée de vin.

— Je me demande simplement si Philippe est… du même genre que Laurent.

Karine éclata de rire.

— Oh non.

— Non ?

— Pas du tout.

Elle secoua la tête.

— Philippe n’est absolument pas Laurent.

— Comment ça ?

Elle me regarda avec un sourire malicieux.

— Disons que si Laurent aime diriger… Philippe, lui, serait plutôt le contraire.

Je restai silencieuse une seconde.

— Tu veux dire…

— Oui.

Elle leva légèrement son verre.

— Philippe serait beaucoup plus à l’aise si la femme prenait les commandes.

Je clignai des yeux.

— Sérieusement ?

Karine hocha la tête.

— Absolument.

Puis elle se pencha légèrement vers moi.

— Et c’est là que ça devient intéressant.

— Pourquoi ?

Son sourire devint mystérieux.

— Parce que toi, Cristina… tu pourrais très bien être dominatrice.

Je manquai presque de m’étouffer avec mon vin.

— Moi ?

Karine éclata de rire.

— Oui, toi.

— Tu plaisantes.

— Pas du tout.

Elle me regarda avec sérieux.

— Tu as déjà tout ce qu’il faut.

— Ah oui ?

— La présence.

Elle leva un doigt.

— La confiance.

Un deuxième.

— Et cette manière que tu as de regarder un homme quand tu sais qu’il te désire.

Je restai silencieuse.

— Tu crois vraiment ça ?

Karine hocha la tête.

— Absolument.

Elle poursuivit d’un ton plus calme.

— Être dominatrice, ce n’est pas seulement donner des ordres.

— Alors quoi ?

— C’est créer une tension.

Elle fit tourner son verre entre ses doigts.

— C’est jouer avec le désir.

Je l’écoutais attentivement.

— Et surtout… c’est comprendre le pouvoir que tu as déjà.

— Quel pouvoir ?

Karine sourit.

— Celui de ton regard.

— Celui de ta voix.

— Celui de ta présence.

Elle se pencha vers moi.

— Et crois-moi… certains hommes trouvent ça incroyablement excitant.

Je sentis une curiosité nouvelle naître en moi.

— Tu crois que je pourrais vraiment essayer ?

Karine haussa les épaules.

— Pourquoi pas ?

— Avec Philippe ?

Elle éclata de rire.

— Peut-être pas tout de suite.

Puis elle me regarda avec un sourire complice.

— Mais avec Laurent… ce serait très intéressant.

— Comment ça ?

— Imagine sa réaction si, un soir, tu décides d’inverser les rôles.

Je souris doucement.

— Tu es terrible.

— Non.

Elle leva son verre.

— Je suis simplement une bonne conseillère.

Lorsque nous quittâmes le bistro, le soleil éclairait la rue.

Nous marchâmes quelques minutes ensemble.

Karine posa une main sur mon bras.

— Cristina ?

— Oui ?

Elle me regarda avec ce sourire mystérieux.

— J’ai très hâte d’entendre la suite de cette histoire.

Je souris.

Parce qu’au fond de moi…

je savais déjà que la suite serait encore plus intéressante.

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